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2018

San Carol

Indie Pop
Nantes, FR
Biographie.

Comme son titre semble nous le souffler, Houdini est une échappée. Et son maître d'oeuvre, Maxime Dobosz à la tête de San Carol, est un roi de l'évasion. Non seulement notre homme a pris, avant l'enregistrement de cet album panoramique, le risque de s'enfuir d'une position que beaucoup trouvent encore (merci le monde contemporain) enviable (un CDI dans une administration) tout en quittant le giron d'Angers (Chabada, Ego Twster et XXXXX) mais surtout il prouve une fois de plus sa résistance à tout enkystement malgré le succès grandissant rencontré par ses compositions.

Le premier album de San Carol, "La Main Invisible" en 2013, tenait du bricolage électro du plus bel effet freak, là où son "Humain Trop Humain" de 2015 nous offrait un chef-d'oeuvre de rock tendu. Ce disque émettait depuis les salles de concert de nos adolescences provinciales passées à rêver trop haut en sachant qu'on s'éclaterait la tête au plafond. Mais San Carol a la tête dure, et elle y a ouvert une brêche. L'air s'échappe vers un ciel vaste, et le son s'épanouit, laissant entrer sur Houdini-enregistré au retour d'une tournée au Texas, un cortège d'influences inattendues qui réinventent le cool. De Todd Rungren à Elton John, un lyrisme alangui fleurit en corolle sur le terreau de rythmiques plus complexes qu'il n'y paraît - révélant, avec le batteur Simon Garnier, le stress fécond sous la décontraction affichée et le maître groove.

Toujours épaulé brillammemnt par le fidèle Nerlov (VedeTT) à la basse et rejoint au manettes par Raphaël d'Hervez (Pégase, Minitel Rose), Maxime Dobosz reprend majoritairement ici les guitares grâce à Stw pour les faire sonner comme des synthés. Encore et toujours, San Carol part d'un des multiples aspects de la pop pour en investir le potentiel mutant et faire bouger ses lignes tout en gardant une obsession pour les motifs répétitifs qui en sont la source vitale. Si les nouvelles chansons de Maxime ont déjà la patine de classiques (et qu'elles conservent les fluides de l'ambient et de la motorik), elles viennent détourner le synthétique et injecter dans son parcours de la nouveauté, comme dans l'écriture qui se fait plus personnelle, et discrètement politique (un mec qui a été éboueur, caissier, employé de la sécu, barman et surveillant de lycée professionnel a deux ou trois choses à dire sur la machine néolibérale), où la mélancolie joyeuse transcende l'amertume des frustrations.

Le son deHoudini, pour conclure en reprenant les mots de Maxime, "c'est le futur du passé».

Rémi Boiteux.

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